Antonio Gramsci. Vivre, c'est résister

6 août 2026 | Pierre Avignon

Jean-Yves Frétigné, Antonio Gramsci. Vivre, c'est résister, Dunot, 2024, 320 pages.

Alors que l'histoire avec un grand H est souvent racontée à travers la vie de grands hommes (car trop souvent les femmes ont été malheureusement effacées), c'est plutôt la vie d'un homme qui permet de mieux la comprendre dans cette biographie. Gramsci est un nom célèbre mais qui connait la vie d'Antonio ?

Spécialiste de la pensée politique, Jean-Yves Frétigné met l'accent sur la vie de ce célèbre homme de pensée et d'action. Né en Italie en 1891 dans une région rurale, ce jeune Sarde à la santé fragile va côtoyer les destins de nul autre que Mussolini, Trotsky ou même Staline. Étudiant à la Faculté de lettres de Turin à partir de 1911, il vit pauvrement et ne se destine pas du tout à un avenir politique.

L'industrialisation et la constitution du mouvement ouvrier provoquent, en Italie comme ailleurs, une vaste remise en question des idées libérales traditionnelles et la montée du socialisme. C'est dans ce contexte que le jeune Gramsci deviendra tout d'abord journaliste dès 1915, à peine deux avant la révolution bolchévique. Un contexte national et international qui le marquera profondément.

Malgré l'influence marquante des idées communistes après la révolution russe de 1917, puis la mise en place de l'Internationale communiste en 1919, l'auteur nous démontre que l'on ne peut pas bien comprendre la pensée de Gramsci sans prendre en considération l'évolution de la société italienne. Cette dernière est notamment marquée par la division entre le monde ouvrier au nord et rural au sud mais également par la prise de pouvoir du fascisme.

Présent à Turin en 1921 lors de la « grève des aiguilles », l'occupation des usines et la mise sur pied de conseils ouvriers, Gramsci deviendra député en 1924 puis secrétaire général du Parti communiste italien en 1926. Alors victime du fascisme de Mussolini, l'instance qui le porte au pouvoir se maintiendra dans la clandestinité en France. Il participera aux rencontres de l'internationale communiste alors que les tensions augmentent en son sein. Antonio Gramsci défendra le Front uni avec les forces démocratiques opposées au fascisme, mais également avec le monde paysan.

De manière paradoxale, son emprisonnement dès 1926 lui vaudra en partie sa postérité car c'est dans ce contexte qu'il livrera ses principaux écrits théoriques (Les cahiers de prison) « à l'abri » des tensions politiques internes et internationales. Il meurt en 1937 à cause de son mauvais état de santé alors qu'il vient d'obtenir une libération conditionnelle en échange de ne plus publier.

À la fois intellectuel et homme d'action, une de ses citations célèbres rappelle qu'il faut : « Allier le pessimisme de l'intelligence à l'optimisme de la volonté ». Alors que nous vivons dans un monde de post-vérité dans lequel les émotions semblent l'emporter sur la raison, ces paroles peuvent encore résonner dans l'esprit des personnes militantes d'aujourd'hui. Pour prendre toute la mesure de l'homme et de sa pensée, il est nécessaire de fouiller le concept d'hégémonie culturelle et de lire Les cahiers de prison. Retenons cependant de Gramsci, outre l'importance de lier engagement et réflexions intellectuelles, sa capacité à prendre un recul critique sur l'idéologie progressiste dominante du moment pour mieux la faire vivre concrètement selon les dynamiques historiques et sociales à l'œuvre dans chaque société.

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