Des voix du continent appellent à accélérer la transformation des systèmes pharmaceutiques africains
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Réunis à l’occasion de la 25e édition du Forum Pharmaceutique International (FPI), décideurs, universitaires, régulateurs, industriels et partenaires de santé ont appelé à accélérer la transformation des systèmes pharmaceutiques africains afin de renforcer l’accès à des médicaments sûrs, efficaces et abordables sur le continent.
Organisée du 9 au 11 juin 2026, cette édition a mis l’accent sur plusieurs priorités majeures pour l’Afrique, notamment la production locale, le renforcement de la réglementation pharmaceutique, la formation des ressources humaines, l’innovation et la coopération régionale. Au fil des discussions, un constat s’est imposé : malgré les progrès réalisés ces dernières années, le continent reste confronté à des défis importants en matière d’accès aux médicaments et de résilience des systèmes pharmaceutiques.
La souveraineté pharmaceutique a ainsi occupé une place centrale dans les débats. Plusieurs participants ont souligné que l’Afrique ne pourra durablement améliorer l’accès aux médicaments sans renforcer ses capacités de production.
« La souveraineté pharmaceutique passe avant tout par la production locale. Tant que l’Afrique dépendra fortement des importations de produits pharmaceutiques, il sera difficile de garantir durablement la disponibilité de médicaments de qualité et à coût abordable pour nos populations », a affirmé le Dr Ayoub Moussa Abderaman, Directeur général de la Pharmacie, du Médicament et des Laboratoires du Tchad.
Les échanges ont également mis en lumière l’importance de consolider l’ensemble de la chaîne pharmaceutique, depuis la réglementation jusqu’à la distribution des produits de santé. La disponibilité des médicaments ne dépend pas uniquement de leur production ; elle repose aussi sur la capacité des systèmes à les acheminer jusqu’aux patients, y compris dans les zones les plus reculées. Les participants ont notamment insisté sur le rôle que peuvent jouer des cadres réglementaires harmonisés, des chaînes d’approvisionnement performantes et des ressources humaines qualifiées pour améliorer durablement l’accès aux produits de santé.
La question du capital humain est revenue à plusieurs reprises au cours des discussions. Pour de nombreux participants, le développement des systèmes pharmaceutiques africains passera nécessairement par des investissements dans la formation, la recherche et l’innovation.
« La formation doit être adaptée aux besoins de développement de nos pays. Les professionnels qui sortent de nos universités doivent être capables de répondre aux défis de santé de leurs populations et de contribuer au développement de leurs sociétés », a souligné le Professeur Mahama Ouattara, Président de la Conférence des Doyens des Facultés de Pharmacie d’Afrique.
Cette vision va au-delà de la seule acquisition de compétences techniques. Elle repose sur la capacité des universités à former des professionnels aptes à accompagner les transformations du secteur et à développer des solutions adaptées aux réalités africaines. Plusieurs intervenants ont notamment insisté sur la nécessité de renforcer les liens entre la recherche, l’innovation et la santé publique, tout en valorisant davantage les ressources scientifiques et les savoirs du continent.
La coopération régionale est apparue comme un autre levier incontournable pour accélérer les progrès. Face à des marchés fragmentés et à des systèmes réglementaires souvent inégaux, les participants ont plaidé pour une approche plus coordonnée entre les pays africains, associant autorités nationales de réglementation, organisations régionales, industriels et partenaires techniques.
Cette nécessité a été mise en avant par le Dr Aimé Djitafo Fah, Coordonnateur du programme sous-régional d’harmonisation des politiques pharmaceutiques à l’Organisation de Coordination pour la lutte contre les Endémies en Afrique Centrale (OCEAC) : « Aucun acteur ne peut relever seul les défis liés à l’accès aux médicaments. Les autorités de réglementation, les industriels, les partenaires techniques et les organisations régionales doivent avancer ensemble. La synergie d’action est indispensable si nous voulons améliorer durablement l’accessibilité et la disponibilité des médicaments », a-t-il déclaré.
Selon lui, le renforcement des autorités nationales de réglementation, l’harmonisation des normes et le développement de partenariats durables constituent des conditions essentielles pour accompagner la montée en puissance de la production locale et améliorer la qualité des produits mis à la disposition des populations.
Les discussions ont par ailleurs montré que les enjeux pharmaceutiques dépassent largement la seule question du médicament. Ils touchent à la sécurité sanitaire, à la couverture sanitaire universelle, à la lutte contre les produits médicaux de qualité inférieure ou falsifiés, ainsi qu’à la capacité des pays à répondre efficacement aux crises sanitaires et humanitaires.
Les échanges ont offert un espace de dialogue entre des acteurs venus d’horizons différents mais partageant les mêmes préoccupations. Les participants ont eu l’occasion de confronter leurs expériences, identifier des solutions communes et renforcer les perspectives de collaboration entre institutions, universités, secteur privé et partenaires.
Pour l’OMS, le renforcement des systèmes pharmaceutiques demeure un pilier essentiel de la résilience des systèmes de santé : « Investir dans les systèmes pharmaceutiques, c’est investir dans la sécurité sanitaire, l’innovation et l’accès équitable aux soins. Des institutions plus fortes, des réglementations efficaces et des partenariats durables sont essentiels pour répondre aux besoins des populations aujourd’hui et demain », a souligné la Dre Blanche Anya, Représentante de l’OMS au Tchad.
Alors que les participants ont quitté N’Djamena avec de nouvelles perspectives de collaboration, plusieurs priorités demeurent au cœur des attentes : accélérer la production locale, renforcer l’harmonisation réglementaire, soutenir l’innovation et investir davantage dans la formation des futurs professionnels du secteur. Pour beaucoup, le succès du Forum se mesurera désormais à la capacité de transformer les engagements et les recommandations formulés à N’Djamena en actions concrètes au bénéfice des populations africaines.
À travers les voix exprimées lors de cette 25e édition, un message commun s’est dégagé : renforcer les systèmes pharmaceutiques africains n’est pas seulement une question de médicaments. C’est un investissement dans la souveraineté sanitaire, la résilience des systèmes de santé et la capacité du continent à répondre durablement aux besoins de ses populations.
Distribué par APO Group pour World Health Organization (WHO) - Chad.